Je voulais donner quelque chose de mon passé à mon petit-fils.
Ainsi je l'ai emmené dans la forêt, dans un lieu tranquille.
Assis à mes pieds, il m'écoutait lui dire la puissance qui était donnée à chaque créature.
Il ne bougeait pas un muscle pendant que j'expliquais comment la forêt nous avait toujours fourni: nourriture, abri, confort, et croyances.
Il était effrayé quand je lui racontais comment le loup était devenu notre protecteur, et quand je lui disais que je lui chanterais le chant sacré du loup, il était très excité.
Dans mon chant, j'implorais le loup de venir et de présider avec nous pendant que j'accomplirai la cérémonie du loup pour que le lien entre mon petit-fils et le loup soit éternel.
Je chantais.
Dans ma voix, l'espoir se répercutait dans chaque battement de c½ur.
Je chantais.
Dans mes mots étaient les pouvoirs hérités de mes ancêtres.
Je chantais.
Dans le creux de ma main se trouvait une graine de sapin le chaînon de la création.
Je chantais.
Dans mes yeux étincelait l'amour.
Je chantais.
Et le chant flottait sur les rayons du soleil, d'arbre en arbre.
Quand j'avais fini, c'était comme si le monde entier écoutait avec nous pour entendre la réponse du loup.
Nous avons attendu un long moment mais rien n'est venu.
Je chantais à nouveau, humblement mais avec autant de conviction que je pouvais, jusqu'à ce que ma gorge me fasse mal et à en perdre la voix.
Tout à coup, j'ai réalisé pourquoi aucun loup n'avait entendu mon chant sacré.
Il n'en restait plus ! Mon c½ur se remplissait de larmes.
Je ne pouvais plus donner à mon petit-fils la confiance au passé, de notre passé.
Enfin, je pouvais lui murmurer: C'est fini !.
Puis-je rentrer à la maison ? demanda-t-il, regardant sa montre pour voir si il pouvait être encore à l'heure pour ne pas rater son émission TV favorite.
Je lai observé disparaître et je pleurais en silence.
Tout est fini !
La leçon d'Amarok
Kaïla était le dieu du ciel, au dessus des forets immenses et des plaines glacées du Nord.
Comme tous les dieux qui se respectent, il avait créé un homme et une femme puis il les avait laissés se débrouiller. Complètement seuls, complètement libres, l'homme et la femme observèrent le monde autour d'eux : pas un cri d'oiseau, pas une trace sur le sol, pas même un moustique pour leur taquiner les oreilles. Bientôt la femme en eut assez de n'avoir que son homme à regarder ; elle commença à s'ennuyer. Alors elle fit un trou dans la glace et se mit à pêcher... Une pêche miraculeuse !
Un à un, elle tira du trou les animaux de la terre, depuis les gobies, ces petits poissons qui remontent les rivières du Grand Nord, jusqu'aux perdrix des neiges, blanches l'hiver et brunes l'été. Le dernier qu'elle mit au monde fut le caribou ; elle eut du mal à le hisser hors du trou tant son dos était puissant, tant sa ramure était lourde !
À ce moment là, Kaïla qui observait tout du haut du ciel, jugea qu'il était temps d'intervenir : ceci est mon plus beau cadeau, dit-il à la femme. Le caribou te fera vivre, toi et ta famille; grâce à lui, vous ne manquerez de rien. La femme s'empressa de lâcher le caribou et lui ordonna de se répandre partout sur la terre pour former de grands troupeaux à travers les forêts immenses et les plaines glacées.
Ainsi fut dit, ainsi fut fait.
Les caribous se multiplièrent, les hommes aussi. Les hommes chassèrent les caribous, mangèrent du caribou, fabriquèrent des tentes et des chaussures avec sa peau. Armés d'arcs et de flèches, les chasseurs tiraient de loin les animaux les plus appétissants dont les cuissots faisaient de magnifiques rôtis pour la tribu tout entière. Mais à force de tuer les plus belles bêtes, il ne resta bientôt que les malades, les boiteux, les maigrelets dont personne ne voulait.
Voyant que ses enfants commençaient à avoir faim, que le cuir de ses chaussures s'usait, la femme se mit à pleurer. Et Kaïla, du haut du ciel, vit ses larmes. Je t'avais donné un beau cadeau que tu as gaspillé, dit-il, mais dans ma grande générosité, je vais encore essayer d'arranger tes affaires.
Il alla voir Amarok, l'esprit des loups, qui habitait le ciel non loin de lui, et lui demanda d'envoyer des loups de la terre nettoyer les troupeaux de caribous. Surtout, insista-t-il, qu'ils usent de leurs griffes et de leurs dents, qu'ils aiguisent leur faim qu'ils dévorent tous les malingres, les contrefaits ! Les bêtes saines sauront bien leur résister et les hommes auront à nouveau du beau gibier ! Les loups se mirent en chasse.
Du sommet des collines, les hommes les regardèrent.
Après s'être rassemblée dans la foret, la meute s'avança sans un bruit vers le troupeau. Les caribous qui ruminaient tranquillement se levèrent, frémissants, et se rapprochèrent les uns des autres, les adultes tournés vers l'extérieur afin de protéger les faibles et les petits. De leurs côté, les loups savaient ce qu'ils avaient à faire ; ils s'élancèrent pour écarter les rangs, éloigner les mâles vigoureux. À plusieurs, ils réussirent à isoler une jeune bête. Elle perdit vite ses forces et se laissa encercler par la meute ! Les loups se rapprochèrent, les crocs en avant puis ils bondirent. Le caribou tomba.
La légende d'Amarok
Du haut de la colline les hommes avaient compris ; du haut du ciel Kaïla cligna de l'il et, en bas, la femme sourit.
Depuis ce jour très ancien, l'esprit d'Amarok plane sur le Grand Nord et les Inuits laissent les loups chasser en paix, car ils savent que la bonne santé des caribous dépend de leurs coups de dents.
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